Je t'aime et je mens
Je fais partie de celles pour qui la vie reste un mystère cruel et insondable.
Comment ne pas céder à la panique, coincée dans l'étau de la foule aveugle des hommes
qui courent , se bousculent, bras, ventre et coeur tendus vers un but fantasmé
persuadés du bien fondé de leur espoir d'un ailleurs illusoire, romanesque échappatoire
éternité vertigineuse et inutile qui les tient, serviles, attelés à la civilité
au lieu de lâcher les rennes de leurs désirs bornés, arracher les chaînes , libérer la vengeance qui attend maquillée en vertu ,
vertu du verbe,
des sourires figés comme une menace
poignards cachés sous la douceur feinte des amours placebo
Je t'aime
Je t'aime parce que je ne peux pas me tuer
te dévorer, assouvir mon initiale férocité
mon besoin viscéral de sang inscrit dans ma chair ancestrale
Je t'aime parce que j'ai mal
parce que je ne veux pas tomber seule
dans ce gouffre infernal
Je t'aime pour oublier l'inévitable chute sans fin qui nous attend
Patiemment
Je t'aime et je mens
Seule la chair ne ment pas
Elle réclame son lot de meurtre et de sang
sans compromis possible
dans le sublime et le fétide
Assouvir sa faim est notre unique bataille
Tout est là
Le chant des oiseaux
au printemps lumineux
Un parfum de sureau
Un ciel, lointain et bleu
Et des voix familières
Et l'odeur de la terre
histoire à taire l'horreur
au coeur du transitoire
incessant va et vient
à perdre l'équilibre
Aucun salut ne viendra
ni d'ici ni d'ailleurs
Aime moi
Mens moi
De toute façon le mensonge était là bien avant nous
dissimulé entre les strates fertiles de nos instincts sédiments
Depuis la nuit des temps.
Lilith
photo: Kate Polin