Comme une porte à fermer
De chair de glaise et de sang Lilith,
tu m'as forgée.
Mais le monde a changé
Prisonnière des mots de mon âme-verbe,
seule et fière je trône aujourd'hui
telle une Pythie
dans la pénombre aride de mon sanctuaire,
réduite à regarder les hommes
sans jamais les atteindre,
qui exigeaient de moi ce qu'ils ne peuvent entendre.
La peur les a soumis.
Parfois je m'invite à les surprendre
rêvant sur les cordes sensibles de ma mémoire androgyne .
Ils rêvent, et je suis là.
Je les éveille à mon obscure blessure humide et chaude
et ce qu'ils osent imaginer
dans leur désir fugace
ne peux jamais, hélas
briser les chaînes solidement scellées
de leurs prisons dorées.
Les âmes-corps fraternisent dans un espace intangible
se croisent , se chevauchent
aucun interdit , aucune limite
jusqu'à la collision brutale des sens en alarme
illusion fatale brûlante comme la gifle
d'un adversaire inaccessible
Un attachement
Une imposture.
"Fut un temps on se cachait, puis on tentait d’oublier..
Aujourd’hui c’est encore plus douloureux.
Nous sommes "amis" me disait l'ange
faits pour une autre connection
des nudités qui se frôlent, irritables écorchées
que le moindre bruissement suspect fait saigner...
Mais le voyage n'est pas fini
je suis la maintenant en toi ,pour toi
puisque tu m'as ouvert..."
...ouvert sur mon désert halluciné
un espace sans bornes
j'y ai construit ma destinée
une virtualité hors norme
je m'épanouie sous le désir égoiste des hommes
sans raison à évoquer
dans un laisser aller
proche de l'abandon
alinéa de débauche infini
où je peux librement distiller dans mes veines
le poison sulfureux de toutes mes défaites
Choisir entre ma rage et mon indifférence
ou bien me satisfaire de ce non sens qu'est la vie
Cambrer les reins , tenir debout
ne plus se demander pourquoi, malgré tout
on ouvre encore les bras.
"Les météores de la conspiration pleuvent
Le barillet est chargé de caresses venimeuses"
l'autour se trouble, les voix grondent"
Mais les anges se taisent
La chair la glaise
et le sang
se sont effacés dans l'histoire
et dans la poésie de nos délabrements
"Comme un piège
Je veux être tes derniers mots
Comme une gare
Toi de dos
Comme une porte à fermer...."
Lilith et l'Ange