L’homme est là
Derrière moi
Discret et silencieux

Je le devine comme une ombre
Un souffle une intuition
Mais je n’ai pas peur,
Aucune appréhension
Figée
Les mains posées sur le rebord du lavabo
Je sens son regard caresser mon dos
encore humide,
Un regard douloureux
Comme un adieu nécessaire
D’une tendresse ultime
Qu’ai-je fait !
Femme outragée
Animus blessé
Pendant combien de temps ai-je cautionné ce massacre ?
Enduré ce simulacre
De mon identité sublime
Au fond
Toi qui ne voulais pas mourir
Qui survivais dans ce carcan
Défigurant le souvenir
De mes rêves d’enfant
Prince charmant
Prisonnier des chaînes de ma survivance
Toi mon alter ego
Victime des blessures de mes premiers balbutiements
Constat navrant et sans appel
A l’automne de mes jours
Je ramasse à la pelle
Les vestiges d’une défloraison
Mes amours assassinés
J’entends mon sang qui cogne
Dans ma tête et dans ma
gorge
Comme une horloge
Un tic tac en écho
Ton reflet éthéré
Aux contours incertains
Sur le miroir sans tain
Me laisse entrevoir
Un espoir
De retrouver enfin
Tout ce que j’ai perdu
De prétentions insaisissables
Avec l’ennui pour seule
victoire.
J’ai tressailli quand il s’est pressé contre moi
Ses mains refermées sur mes seins
Fermement
Mais tendrement
La rigide délicatesse
De son sexe
Sur mes fesses
Me surprend
Un peu crispée j’ai demandé:
« Qu’est ce que tu fais ? »
Doucement il a murmuré:
J’écris pour donner corps au temps
Qui m’assassine jour et nuit
J’écris contre l’oubli
Parfois même je mens
J’écris pour briser le silence
De la mélancolie
Repeupler le vide et l’absence
Suspendus
Au dessus
De ma mémoire endolorie
J’écris pour extirper de moi
Tout ce qui raisonne et foisonne
Je n’écris pour personne
Ou peut être pour toi
J’écris peut être aussi pour lui
Je dépose une empreinte
Un témoignage indéfini
Une prose
Qui s’expose
Sans retenue et sans contrainte
J’écris pour alourdir mes rêves
Jeter l’encre sur une page
Ma vie comme un naufrage
Echouée sur la grève
Et partager mes illusions
Avec le vent, la mer
Le ciel et l’horizon
Et pleurer
L’eau salée
Qui refleurira mon désert
J’écris pour caresser mon âme
Lui donner les mots qui l’animent
Les sons qui l’illuminent
L’amour qu’elle réclame
Quand viendra le grand jugement
Qu’il reste la mémoire
De mon acharnement
Et je signe
Sous les lignes
De mon incorrigible espoir
Lilith
Anna C
Dans les yeux d’Emilie
Se cache un horizon
Qu’elle convoite
Sans hâte
Un rêve qui arrime
A la douceur de son regard
La tristesse
De tous ses faux départs
Les vents de ses humeurs
Lui chavirent le coeur
Comme un navire
Trop lourd
D’une charge d’amour
Qu’elle ne peut contenir
Et quand elle sent la peur
Inonder ses yeux noirs
Dans le secret du soir
Emilie pleure
Sous la caresse de ses mains
La peau s’éveille et frissonne
Elle trouvera ce qui est bon
Pour calmer le chagrin
Ou la douleur qui gronde
Aux lois de son destin
Sans condition
Elle s’abandonne
Toujours elle pardonne
Car Emilie ne donne
Que si elle n’attend rien
Demandez lui un jour
D’où lui vient ce sourire
D’où vient cet appétit
Demandez lui le verbe
Qu’elle conjugue
A l’infini
Cachée sous sa pelisse
Trop lisse
D’une conformité truquée
Dont elle sait se parer
Pour tromper l’impatience
Moi qui l’ai tant aimée
Depuis mon sein
Jusqu’à ce jour
Et tant de jours à venir
Si vous lui demandez
Un mot, son élixir
Je suis persuadée
Qu’elle vous dira :
" Partir "
A Emilie
Lilith
Nue dans la neige de juillet
Perdue
Éloignée des sangs verts
Complètement fist-fuckée
Par les bras froids techniques
L’horizon menstrué sous vide
Limée par un coin obséquieux
Assise dans le no-woman’s-land des âges
Avec la non-identité immobile
Vissée d’une preuve par l’absurde
L’esprit défloré dans le sang
Pinée comme un clou dans le mensonge
Au nord des tremblements
Assise au milieu de mes années noires
Le new deal des frissons pauvres
Grande dépression de la peau moderne
Au bout des nerfs, aux fenêtres
En plein calendrier
Tant s’use le temps usurier
En pente douce vers nulle part
En plein dérapage d’ardeurs
En pleine chute chaude
En plein ciel d’uranium
Donne-moi tes lèvres à boire
Mirage pour l'un
dans l'âme de l'autre
abandonné
dans la rosée des espoirs insensés
espoirs à perte de vue
dans les cendres du désir incandescent
refusé
sans appel
des mots de chair
des mots d'esprit
des mots d'amour
que l'on appelle
poésie
c'était un rappel
un séisme momentané
un regard partagé
"Entre la chair et l'âme "
Huguette Bertrant
La Muse
Qui c'est qui s'cache derrière mon coeur
Qui m'en fait voir d'toutes les couleurs
Qui c'est qui s'cache derrière ma tête
Qui prend les allures d'une fête
Et qui s'en va au ptit matin
Semblant de rien
Sans même m'apporter
Un café
Qui c'est qui s'cache derrière les mots
Qui est doux, sucré comme du sirop
Qui veut m'faire croire qu'il y a des fées
Qui viennent le soir par la ch'minée
Et qui s'en va au ptit matin
Semblant de rien
Sans même oublier
Un soulier
Qui c'est qui s'cache dans le métro
Qui ballade une'plume dans mon dos
Et qui m'fait louper ma station
Qui m'poursuit jusqu'à la maison
Et qui s'en va au ptit matin
Semblant de rien
Sans même emporter
Un baiser
Qui c'est qui jett' des pommes d'amour
Qui viennent s'écraser dans ma cour
Qui c'est qui s'est permis d'entrer
Dans mes petits couloirs secrets
Et qui s'en va au ptit matin
Semblant de rien
Sans même oublier
D'm'oublier.
Il faudrait ptete que j'déménage
Brouiller les pistes, changer l'image
Tirer un trait sur le passé
Prendre l'air le plus détaché
Et m'en aller au ptit matin
Semblant de rien
Sans oublier
D’me maquiller
Trouver le courage de pas mourir
Faire le ménage dans le jardin,
Jardin secret,
Les amours qui s'amoncellent
Qui fleurissent et fanent
Et se mêlent
Au terreau comme un "engrais souvenir de toi, de moi "
Contact des ondes , contact charnel,
Mais contact quand même
Trouver le courage de pas pleurer
Crier la vie
Parler aux arbres
Devant l'écran aux mille visages aveugles
Et s'agripper à la première lueur
A la chaleur des mots
A la couleur du ciel
Tout mélanger
Trouver le courage de pas tout arrêter
Arpenter le chemin , vers la source
Se griffer, saigner
Mais avec le sourire
Se donner de bonnes raisons de s'immoler
Pour le plaisir
Mettre un garrot là ou ça coule à flot
Flot d'amour, flot d'humeur , recueillir la sève
Trouver le courage , seul
Face à la tyrannie du désir,
Parce qu'il y a autre chose:
S'aimer
Il suffit pas de disparaître, s'il suffisait de disparaître !
Il a suffit que je me jette
Dans tes ondes
Il a suffit que je confonde
"C'est celui qui dit , qui y est "
Trouver le courage de pas mentir
Frémir sans peur et sans reproche
Regarde toi , regarde moi
Dis moi qu'on est pareils
Et casse le mur du son
Sur lequel je m'acharne
Pour ne plus entendre le vacarme
Qui n'est pas ta voix.
Lilith
J’étais un corps ma chair mon ventre dépositaire. J’étais la gardienne du désordre de vos graines jetées à grands coups de reins. Je suis toujours là. Je veille nuit et jour avec mon amour mon cabas mes commissions et mon obstination au bonheur persuadée de mon rôle et de son importance aveuglée dans ma résilience jusqu’au bout jusqu’au bout avec mon amour pour ces vies qui un jour ont traversé la mienne afin de perpétrer ce sentiment d’éternité, rivaliser avec le ciel, ces vies que vous m’avez abdiquées sans partage m’ont soumise au désir d’être sage d’étouffer ma folie la mettre en berne revêtir d’un sourire ma haine un soupçon d’anti-cerne et le tour est joué.
Tout va changer
Te dire fillette toute l’horreur du monde ! Te dire la folie qui règne en maîtresse absolue !
Je ne sais pas trop quand les choses ont mal tourné. Je ne pourrai pas te l’expliquer
Je serais incapable de t’expliquer quoique ce soit d’ailleurs.
Tout a été si vite.
J’ai du perdre un truc en route … derrière moi y a le vide, amnésie volontaire sans doute, parce que franchement, pas de quoi être fière.
Et puis j’ai bien aimé quand HH a écrit :
« On est pas bien là, tous ensemble assis au bord du vide ? A s’imposer des perspectives »
Encore le vide. Derrière, devant, et toi au milieu accrochée aux parois de tes illusions de « perspectives », même le vent se fout de ta gueule, en jonglant avec ta mémoire, toutes ces bonnes intentions ! du vent, ces amours-pour-la-vie ! du vent, le désir brûlant et capricieux, les explications vaseuses, mensonges inconscients qui te laissent des relents nauséeux , le temps qui t’assassine chaque seconde, la solitude qui se profile comme une évidence quand tout à coup tu comprend que tout ça ne tourne pas rond .
Si tu t’imagines, fillette fillette …. Non je peux pas, je dois pas te dire ça, même si j’en crève de te laisser te jeter dans ce foutu merdier, j’ai pas le droit de brouiller ton regard, sur les hommes qui déjà reluquent tes jambes avec je l’imagine de secrets fantasmes salasses, ni sur le one man show de l’amour et ses chutes vertigineuses, d’où tu reviendras meurtrie mais encore et encore convaincue du bien fondé de ton entêtement.
Mon amour ! Mon espace je l’ai tout fabriqué de mes mains, toute seule, à l’image de ton regard, qui regarde ailleurs, et j’ai peur, je dois me taire.
Je suis complice d’un meurtre.
Tout va changer …
Pour toi, pour moi qui vais désormais errer seule dans un bordel de rien. Chacune de mes révoltes chacun de mes pétages de plomb se retournent aujourd’hui contre moi. Parce que j’ai pas voulu m’endormir dans cette fosse-vie-d’aisance-stéréotypée , j’ai préférer la vie à coup de boulets rouges la vie baroud, sans penser à demain, surtout pas penser à demain.
Aujourd’hui c’est demain.
Tout a été si vite.
Je vais être bien, là, assise au bord du vide, avec mes héros sans visage, à survivre en attendant la chute. à regarder mon amour éparpillé
comme une nuée d’étourneaux affolés, fuite éperdue d’un inconscient collectif , et qui tourne en rond , qui vient me
frôler, et repart au hasard d’un cri venu de nulle part , irrésistible rappel conditionné par les implants séculaires du carnage programmé.
Et vous, vers quoi croyez vous aller,
Vous et votre orgueil, obsédés de la descendance ?
Vous crèverez aussi, mais dans l’ignorance de cet amour qui m’a comblée pendant que vous osiez prétendre, vivre un ersatz de liberté.
Je ne devrais pas te dire ça ! je devrais pas .
Faut pas aimer pour que ça gaze.
Ensemble, là, au bord du vide …
Lilith
Janvier 2008
Mon atonie
Monotonie
Le temps lasse
Je m’enlace
Mon anatomie
Oh mon connu
Con nu
Me stimule
Je simule
Une emprise
J’improvise
L' impro –vise
Le terrain de mes dessous
Souterrains transportés
Une transe
A ton sort scellée
Homme sorcier
Mon vrai- semblable
Mon double abstrait
Amaurose
Ton âme arrose
Mes sens
L’essence latente
Imaginée
Images innées
De l’attente
Encensée
Voluptueuse autarcie
Sybarite Rituel d’exilée
Mon oblation autolâtre
De mes doigts
Je la dédie
Dédicace eau de vie
A ton vit
Receleur des douleurs
De mon secret enfantement
Je t’embrasse
Je brasse le temps
En temps- bras- sang
Lilith
Chair prison
La mélodie d’une chanson
Un son
Le rythme d’un poème
Sans raison
Me reviennent
Des mots s’enchaînent
Souple étreinte, chaude fusion
Captive d’étranges visions
Je m’imagine…
Je danse dans tes yeux
Comme au fond d’une cage
Maudissant cette liberté
Dont je ne sais que faire
Prisonnière
Je nage
Dans un décor en suspension
Par ce petit matin givré
D’un hiver qui se glisse inexorablement
Sous ma porte
Aussi vrai que mes nuits me transportent
Au-delà des murs de ma prison.
Mon corps t’appelle
Il se rebelle
Contre le froid
Contre le temps qui lasse
Avec ses allures de menaces
Si je n’y prends pas garde
Il se peut que je divague
Divines vagues de mon âme
Flux et reflux incessants
Me bercent et me font perdre
La notion du temps
Je me suicide lentement
Dans ma geôle de chair
Dont je n’ai qu’une clé :
Mon imagination
Je cherche à tâtons
La douceur
La chaleur de tes lèvres
J’entends les sons
Qui soulèvent mes chaînes
Les soupirs
Qui me déchirent les veines
Au goutte à goutte ma vie s’enfuie
Une rivière lourde et tiède
Seule issue permise
A ma lente évasion
J’irrigue ma terre de ce limon
Patauge avec les chimères
M’invente un univers
Interdit
Un monde rempli
De tout ce dont les hommes m’ont privée
Ma fièvre d’exister jusqu’au bout du possible
Me fait tourner en rond
Lucide et solitaire
Je ne souffre de rien
Je ne demande rien
Que danser dans ton regard prison
Pour ne plus m’appartenir
Donner jusqu’à mon nom
Pour être là, sur ton sourire
Et si je meurs seule et fragile
Je veux tes bras, pour me cacher
Ne me laisse pas m’échapper
Sinon j’en perdrai l’équilibre
Mes terres sauvages grondent en secret
Rien n’est vrai
Qui ne soit né de mes délires
Fuir ?
S’évader ?
Il n’y a nulle part où aller
Alors...
J’ai flingué tous mes souvenirs
De liberté
Lilith

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