Une trêve

Publié le par Lilith

Rester là
Ne rien faire
Attendre  sans culpabilité, sans désirs
guetter patiemment l'idée comme on attend l'orage
dans la moiteur
immobile et attentif au moindre souffle, au moindre son
entendre "l'autre vie".

Guetter l'éclair qui va libérer le cri
le cri qui va libérer les larmes
la rage et la révolte qui se muent en tristesse

 

Goûter l'ivresse du vide
les variations du vertige
la tentation de l'ombre
où je me vois errer
seule
sans illusions
dans le vivre lent
belle
figée dans une paresse statuaire
rester là et se taire
il n'y a plus rien à dire

Rester là
S'abandonner à la fragilité
la chérir
Vulnérable et fatale beauté si mal aimée
si mal menée
vider la lie liqueur tenace fiel du prédateur
toujours aux aguets .
et dormir
comme on s'enfonce lourdement
dans une nuit d'opium
sans rêves  sans avenir

Et quand les maux cherchent une issue
parce que le corps exige
parce que la chair s'étire
au bout des doigts
que le coeur se soulève
nauséeux
écrire ...

écrire comme on transpire la fièvre
comme on soupire aprés l'amour
écrire
pour personne

Ne te laisse pas distraire
Rester là et se taire


Derrière  la vitre opaque
la nuit hurle en corps
de milliers de silences anonymes
et les couleurs de tant de fièvres
au petit jour crèvent
comme des bulles de savon

Les murs sont si hauts
le ciel si bas
les trêves si courtes .

 

Lilith

 

 

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Photo Hengki Koentjoro

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