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Un jour j'ai vu de mes yeux vu
la véritable couleur de mon sang
Je l'ai vu de mes yeux vu
dans un brouillard confus
le chien gardien de ma mémoire
J'ai vu dans son regard
presque doux, rassurant
une foule d'enfants agitant des miroirs .
Et puis j'ai vu ses crocs luisants souillés de sang
mon sang
Mais où est la blessure?
qu'est ce que j'attend ?
Le temps
Le sang
Le chien léche le sang mais pas la plaie
Elle est ou la plaie ?
Je ne vois rien
Je ne sens rien
Je n'ai pas mal
Si je voyais la plaie
peut être que j'aurai mal !
Je ne sais pas ce que je fais là
Quelqu'un m'a dit d'attendre
Alors j'attend
Mais ce sang, bon sang
c'est ma vie !
Je perd mon sang ?
je perd ma vie ?
je perd mon temps ...
Le chien me nargue
du coin de l'oeil il me regarde
Je me regarde aussi ,
partout
mes mains,
mes seins
mon ventre,
mes cuisses
Je touche
ma bouche
mes yeux
Je sens
mon sang , dedans
mon coeur
C'est bon
C'est chaud
J'en oublie le gardien
J'entend des sons lointains
une fanfare, un tintamarre
qui enfle
J'entend le vent
J'ai un peu peur quand même
J'avance à tâtons
Derrière mes paupières je discerne
des ombres
un désert connu
Je n'ai jamais vraiment visité ma prison
J'en ignore les contours
car ils restent intangibles
Mais ce fin ruban rouge
rouge sang
que rien ne semble retenir …
Je vais mourir ?
là ?
Avant d'avoir compris
où je suis
Avant d'avoir localiser le mal
cautériser la plaie ?
Le chien semble dormir
Il sait bien que jamais je n'oserai franchir le vide
il y a si longtemps que je suis là
et la fuite est si rare!
Oui mais voilà : j'ai vu
J'ai vu le sang traverser les mirages
Otage du temps
la vie-naufrage ment.
Quelque chose a changé
J'ai vu de mes yeux vu
des cadavres tendus vers un soleil factice
fixer le rien
et c'est un choc
sans précédent
C'est l'instinct qui surgit
Le sang qui jaillit
J'ai vu ma vie sans moi
Je suis la trace de sang
je suis le vent
je suis le temps sans repère
solitaire
j'écris mon nom
je m'invente un pays
un univers sans lois
j'oublie
j'oublie
Je respire
Je conspire
Je me détache doucement
et l'illusion chancelle
“Ne te retourne pas
il n'y a de barrières
ni devant ni derrière
L' histoire est insensée
C'est un rêve assasiné
qui dégouline
sur une affiche publicitaire
mensongère
couvrant les murs en ruines
de ta pensée codée”
Tout est là
dans mes bras
Je suis pleine et pourtant
c'est le vide que je sens
tout autour
J'entend mon nom derrière la porte
des ordres suintent encore
Il faut que je sorte
Je suis le vent
le désordre
l'anarchie
Je m'accorde
la vie
Mon enfant
Mon sang
Serions nous libres ?
Lilith
Image : Anna C

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