Colère ( Peau d'âme)

Publié le par Lilith

 

 

C'est une plainte

Imperceptible

Un chant brisé

Ramassé en soupir qui monte et grandit

Du fond des entrailles d’un labyrinthe obscur

Une vague qui s’alourdit

S’étale et s’épuise

Retombe dans l’oubli

Suspend son souffle

Une main aplatie

Sur la bouche

 

Sourde colère

Mon unité première

Tu grondes et bouillonnes

En magma menaçant

Tu crevasses ma peau

Tortures ma chair

Comme une terre

Avant l’orage

Attend l’éclair

Grimace

Rictus sans grâce

Sanglot prisonnier d’une gorge éprouvée

par des siècles d’obscurité

 

Lilith est en train de bouffer mes enfants

Les dieux m’ont trahie

Ils m’ont donné en pâture un simulacre de destin

Synthétique festin

Amours emphatiques

Des hommes masqués se sont emparés de ma virginité

Ma course est terminée

Il ne me reste rien

 

Prend moi !

Ouvre mes yeux, mes bras

J’ai besoin d’air,

Gonfle ma chair

Que je m’envole, légère, éther

J’ai tombé ma cuirasse

Ishtar Vénus guerrière

Reine de mes nuits idylliques

De mes jours de combats

M’a laissée démunie

Son souvenir me caresse

Mais sa violence et son entêtement

Font un vacarme assourdissant

 

Prend moi, prend moi

Maintenant

Que je retrouve le goût du sang,

Les vraies odeurs de mes humeurs

Sans pitié, sans artifice

 

Prend moi

Fais moi hurler

Que je retrouve mon clan

J’ai franchi toutes les étapes

Je n’ai rien gagné pour autant

Prend moi si tu m’entends

Savoure ta victoire

J’ai avalé le miroir et je vois bien que tu es là

Allume l’incendie

Le grand incendie

Déchire moi tout ça

J’ai besoin d’y voir clair

Prends moi, car la folie me guette

Entre l’ange et la bête

Je suis déboussolée

Dynamite ce qu’il me reste

D’illusions d’être sage

Alors que ma rage

S’étrangle dans la boue

Stérile du bleu, du rouge et du gris

Mélangés

Mon corps, lui, n’a pas oublié

Même s’il s’est plié

Sous les assauts de la révolte contractée

Mes pieds dansent encore dansent

Dans l’euphorie de l’inconscience

Avant que je ne disparaisse

Prend moi

Avant que mes dents ne puissent plus mordre

Avant que mes ongles ne puissent plus tordre

Mes cheveux en désordre

Avant qu’il soit trop tard

Fêtons nos épousailles

Faisons ripailles

Dans le sang et la fange

Des territoires interdits

Là où toute vie

Trouve sa formule sacrée

De nos instincts endommagés

Faisons un immense brasier

Illuminons le chemin

Pour une vie cousue main

 

Fière et noble colère

Petit trublion de naguère

Te voilà désormais aussi majestueuse

Que mes pauvres trahisons ont été désastreuses

Et mes absences, mes dépendances

Ces addictions que je croyais sans conséquences

Le plaisir, le déni

Fini

Je veux que mon désir au matin soit vierge de mon nom

Je veux rentrer chez moi retrouver ma peau d’âme

 

Mon chagrin, ma hargne, ma douleur, mon dépit

Ma fureur, mon courroux, mon ardeur, mon ivresse :

Maux cachés de la folie

Quand tout à coup s’effondre l’édifice

Qui vous maintenait en sursis

Sacrifice

Célébration des cicatrices

 

Je suis en lambeaux

 

Sous mes jupes traînent des crânes

Qui sonnent et résonnent

Comme une pluie sur ton âme

Homme profane

Le sais tu...

Toi dont la plus petite larme

Suffirait à me sauver

 

 

Lilith

 

 

(revu et corrigé )

 

 

 

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samourai 26/04/2014 23:44

Oui, chaque ligne donne envie de dire une chose et son contraire, ça me parle, sans dire ;-)

Bifane 27/05/2013 12:46

Peut-on dire quelque chose de la forme ou du fond ? C'est si intense qu'il vaut peut-être mieux se contenter d'apprécier, de te dire comme tes mots emportent, transportent, comme ils percent au for
aussi, sans aller plus loin.
J'ai beaucoup aimé cette lecture, merci.